collect'OR de février 2026
La saison du carnaval approche !
La saison du carnaval approche !
Quoi de mieux que de feuilleter un traité du 17e siècle sur les monstres pour trouver une idée originale de déguisement ?
Cette Monstrorum historia a été publiée en 1642, bien après la mort de son auteur, Ulisse Aldrovandi (1522-1605), qui était un médecin et naturaliste italien de la Renaissance. Passionné de zoologie et de botanique, il a étudié et enseigné l’histoire naturelle à l’université de Bologne dont il a notamment fondé le jardin botanique. Au cours de sa vie, il a rassemblé de très riches collections naturalistes qui ont formé la base d’un cabinet de curiosités de plusieurs milliers de spécimens.

À partir de 1600, Aldrovandi arrête l’enseignement pour s’atteler à la création d’une encyclopédie zoologique, botanique et minéralogique. Pour ce projet, il s’entoure de plusieurs dessinateurs, peintres et graveurs – dont le plus célèbre est Jacopo Ligozzi, artiste majeur de la cour des Médicis à Florence – qui lui permettent de rassembler des milliers de dessins d’animaux, plantes ou minéraux. Dans les années 1599-1603, il publie un ouvrage d’ornithologie, Ornithologiae (1599-1603) et un traité d’entomologie, De animalibus insectis (1602).
L’ouvrage se veut scientifique, ce qu’il illustre est donc ce qui a été décrit – car observé – notamment par les grands explorateurs de l’époque. Or on trouve dans ces récits de voyage des descriptions de peuples rencontrés où le mythique se mêle au réel pour rendre compte des différences vis-à-vis du modèle occidental : les « bons sauvages » côtoient donc des figures mi-homme mi-bête, voire des créatures encore plus incroyables. On peut lire dans ce volume la place toujours importante à la Renaissance des superstitions et la fascination pour ce qui est hors-norme (le terme de « monstre » vient du verbe latin monstrare : les monstres sont des êtres que l’on montre).
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Ce projet est cependant interrompu par sa mort en 1605. C’est son disciple Bartolomeo Ambrosini qui reprend ses notes pour publier le tome V de cette encyclopédie, consacré à l’histoire des monstres.
Les nombreuses illustrations de l’ouvrage sont toutes des gravures sur bois, formant une galerie assez hétérogène entre réel et imaginaire. On y croise des monstres légendaires (satyres,harpies,monstres marins…) ou animaux extraordinaires mais parfois devenus bien ordinaires aujourd’hui (comme la girafe !), des hommes ou femmes « sauvages » tels que représentés dans l’iconographie traditionnelle de l’époque (tel le « roi des Cannibales »), des miracles (la femme qui vomit des épis de blé), des anomalies biologiques bien réelles (bicéphalie humaine ou animale, nanisme, gigantisme, hirsutisme, ou encore absence de membre à la naissance) mêlées à d’autres plus fantaisistes (l’enfant à tête de grenouille, par exemple), etc.
On retrouve dans ce traité des emprunts à des ouvrages antérieurs (comme ceux d’Ambroise Paré, du médecin suisse Jacob Rüff ou de l’humaniste alsacien Conrad Lycosthenes) et un intérêt partagé largement avec d’autres auteurs contemporains. Œuvre de collectionneur, l’ouvrage d’Aldrovandi n’est pas un traité méthodique mais en tout cas une compilation impressionnante qui reste une source d’étonnement, d’intérêt voire d’inspiration quelques siècles plus tard !
SOMMAIRE
Par sa place dans un projet encyclopédique, son attention portée aux corps hors norme et aux représentations de l’ailleurs, ou encore la présence de nombreuses illustrations gravées, cette Histoire des monstres peut être étudiée au prisme de diverses disciplines.
Médecine et biologie | Les corps entre norme et exception
De formation médicale, Aldrovandi s’intéresse aux singularités du corps humain, mais aussi animal. Les malformations, les naissances extraordinaires ou les corps hybrides sont largement illustrés dans l’ouvrage. Loin d’être un traité d’anatomie, celui-ci constitue cependant une somme encyclopédique puisant dans des sources de l’Antiquité et de la Renaissance (jusqu’aux illustrations elles-mêmes !), et la science qui étudie les monstres –qu’on appelle aujourd’hui la tératologie – se développe réellement à partir du 19e siècle.
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Pour aller plus loin :
Géographie et sciences humaines | Dire l'ailleurs
La Monstrorum historia reflète également l’essor des grandes explorations. Les récits de voyageurs nourrissent l’imaginaire européen et alimentent les descriptions de peuples lointains, parfois idéalisés, parfois fantasmés.
Ces figures « monstrueuses » traduisent les difficultés à penser l’altérité. Elles constituent aujourd’hui une source précieuse pour les sciences humaines et sociales, qui y lisent les mécanismes de construction de l’Autre et les représentations culturelles du monde à la Renaissance et à l’âge classique.
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Pour aller plus loin :
Arts et histoire de l'art | Montrer pour comprendre
Les centaines de gravures sur bois qui accompagnent le texte occupent une place centrale dans l’ouvrage. Issues de collaborations avec des artistes renommés, ou reprises de traités et encyclopédies antérieurs, elles témoignent d’une forme de transmission du savoir.
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Pour aller plus loin :
Définition du Robert : nom masculin et adjectif ;
- Être, animal fantastique et terrible (des légendes, des mythologies). Animal réel gigantesque ou effrayant. Monstres marins : grands cétacés.
- Être vivant ou organisme de conformation anormale. Un monstre de foire. Étude des monstres. ➙ tératologie.
- Personne d'une laideur effrayante. Au figuré Personne effrayante par sa méchanceté (par extension Un monstre d'égoïsme.)
- Locution Monstre sacré : comédien célèbre ; personnalité importante.
Au 21ᵉ siècle, le monstre n’est plus seulement un corps hybride ou une créature légendaire. Il prend des formes multiples, chacune éclairant un aspect différent de notre monde et de nous-mêmes.
Qu’il soit scientifique, symbolique ou criminel, le monstre continue de fasciner parce qu’il repousse les frontières de nos connaissances et de nos valeurs, et nous oblige à réfléchir sur la diversité de la vie et de l’humanité. Du cabinet de curiosités d’Aldrovandi aux laboratoires modernes, récits littéraires, architectures étranges ou encore aux tribunaux contemporains, le monstre reste un miroir de notre monde et de nous-mêmes : un objet d’étude, un symbole et un avertissement, à la fois inquiétant et fascinant.
En ligne
Dans les bibliothèques
La Monstrorum historia d’Ulisse Aldrovandi présentée ici fait partie des collections de la Bnu en dépôt à l’université de Strasbourg. Numérisée par le Service des bibliothèques, elle est disponible en ligne ainsi que plusieurs autres tomes zoologiques issus de l’encyclopédie d’Aldrovandi.
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Ce collect'OR a été réalisé par Marie Boissière-Vasseur, Lucie Le Gouas-Wald et Inès Laref du Pôle collections et le Pôle médiations
→ à découvrir le mois prochain : "Eho"

























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